Il y a quelques jours, j’ai passé le premier marqueur post diagnostic : un mois. Cela fait un mois qu’un neuropsychologue m’a dit, en conclusion de son bilan, que j’étais autiste. Sa révélation a été très anticlimactic – ce n’était, justement, pas une révélation. Rien de nouveau, je le savais déjà. J’étais sûre du fait bien avant qu’un avis professionnel ne soit émis. J’avais passé suffisamment de temps à explorer, lire et écouter d’autres personnes parler de leur vécu. Je m’étais reconnue, j’avais trouvé mille échos qui me pointaient, enfin, dans la bonne direction. Malgré ces preuves et cette conviction, le sentiment d’imposteure était fort, si fort qu’il m’empêchait d’avancer. Je passais mon temps à me gaslighter, à douter, à tout remettre sans cesse en question. Ma vie était un tug of war entre deux parts de moi-même, et je ne tenais plus debout. Tout me paraissait impossible, le futur et le présent se mélangeant dans un éboulement de terrain sous mes pieds. L’incertitude, pas dans la faillibilité de l’opinion, mais dans l’absence de certitude, me détruisait.
Quand j’écris ce genre de phrase, je me dis que c’est quand même vraiment dramatique. Parfois je reviens sur mes pas, et je change le ton d’une suite de mots, j’en supprime certains. Mais j’apprends à ne plus me corriger autant. Parce que ces phrases dramatiques reflètent ma réalité. Je ressens les choses fortement, j’ai peu de nuances dans la densité de mes sentiments. J’ai passé trop de temps à ressentir de la honte face à cela, en me donnant le nom de drama queen dans un effort de dérision, de moquerie dirigée vers moi-même. « Pff, je sais, je suis trop intense, c’est vraiment ridicule. » Utiliser l’humour pour ne pas se montrer vulnérable. Classique.
Cette tendance à l’édition, au camouflage, je la reconnais maintenant comme étant bien plus qu’une habitude – c’est un méchanisme de survie. Il est enraciné dans mon cerveau bien plus profond que ce que je pensais, et en sa compagnie se tient l’internalized ableism (validisme intériorisé, en français, mais ça sonne bien plus percutant en anglais). Ces deux concepts forment sur le terrain un mélange complexe qui infuse toutes sortes de situations, qui s’immisce au volant et choisit à ma place. Lors de mes récentes excavations, j’en ai trouvé des traces un peu partout. Cela m’effraie un peu, beaucoup. J’ai peur de ne jamais pouvoir m’en débarrasser. Ma vie me semble, depuis des années, n’être qu’une bataille contre moi-même. Peu importe quelle facette de ma personne remporte la manche – je suis toujours perdante. Il y a multiples voix en moi, des forces qui viennent de différents endroits, mais qui en mon corps forment un nœud si mêlé. Le défaire me prendra probablement des années.
Le lendemain de la restitution du bilan, ma maman m’a dit que c’était le premier jour de ma nouvelle vie. J’ai déjà ressenti ce sentiment de nouveau départ, de point tournant auparavant, mais jamais aussi grand que celui-ci. Je n’ai pas ressenti le soulagement du diagnostic le jour même. Après l’appel, il n’y avait que du vide en moi. Rien, pas une émotion. Je me sentais étrangement distante. Mais depuis, j’ai pu voir ce que m’a apporté ce simple fait d’être vue comme étant autiste par une personne qui est formée à voir ces choses-là bien mieux que le commun des mortels. Je me sens plus légitime, plus confiante – il y a moins de barrières dans ma tête. Dans ce tourbillon je mesure mon immense chance d’avoir des proches si présents. Leur amour est mon pilier. Je n’ose pas imaginer ce à quoi ma vie ressemblerait sans elleux, et quand je pense à cela mon cœur se brise pour les personnes qui ne sont pas aussi chanceuses que moi. Je ne vous le dis pas assez, je ne suis pas aussi présente que je l’aimerais, mais je pense à vous, je vous aime. Mille mercis.

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