Chroniques d’une vie au ralenti, n°4

Avec chaque cycle lunaire, j’oublie le chemin parcouru qui s’étend derrière moi, dans mon dos. Quand je me retourne et relis les mots d’avant, je suis surprise. J’avais oublié que je m’étais sentie comme cela, que j’avais trouvé une raison aux choses que je traversais alors. Que j’avais ressenti de l’espoir pour le futur. Chaque fois que je me pose pour écrire – que ce soit un segment de chroniques, une entrée dans mon journal, ou un poème – je revis cette illumination.

J’ai vécu plus d’épiphanies que je ne saurais le dire ; il semble toujours se mêler à ma vie mundane de nouvelles choses qui s’offrent comme des révélations. Le mystérieux, le mystique, s’écarte pour laisser passer, entre le voile des deux réalités, un morceau de sagesse. Avec le recul, elles me semblent n’être simplement que la répétition d’une vérité qui change de forme quand elle me vient mais qui reste, dans le fond, toujours la même chose : un sentiment fort d’appartenance à cette vie.

Cette vérité est constante, que je l’aie sous les yeux ou non. J’aimerais ne jamais l’oublier, mais j’aime beaucoup trop ces moments de remembering pour faire un tel souhait.

Ce sentiment que je ressens c’est un ancrage, une confiance, une exaltation, qui me donne la force de continuer. Qui me rappelle que je ne tourne pas en rond, même quand j’en ai l’impression. Mes deux pieds sont sur la terre, et j’avance. J’ai dû ralentir le rythme encore plus que de raison, mais justement j’ai appris ces dernières semaines que ce n’est pas avec la raison que je me sortirais de cette fatigue constante. C’est en écoutant mon corps, en agissant sans me poser trop de questions, en laissant aller l’emprise de mon mental.

Pour la première fois de ma vie d’adulte, je vis à un endroit que je n’imagine pas quitter, ou en tout cas pas tout de suite, pas avant plusieurs années. Jusqu’ici, je ne tenais pas en place longtemps. Je piétinais d’insatisfaction et gardais un œil sur la prochaine destination. J’ai passé beaucoup de temps à me demander où était ma place, d’abord dans mon imagination puis sous d’autres horizons, dans d’autres pays. Il m’aura fallu revenir à un endroit que je connaissais déjà, où j’avais grandi, pour trouver l’air et la place de déployer mes racines. Je me sens bien, ici.

Et comme je n’ai pas envie de bouger, je me dis que j’ai du temps pour construire la vie dont je rêve. Après tout, le chemin que j’ai choisi est celui d’une existence entière. Et, tel l’arbre ancestral, ma croissance ne se mesure pas en jours mais en années. En revenant vivre en France, je me sentais prête à foncer tête la première dans ce nouveau chapitre. Mais les choses se font tranquillement, et j’apprends à reconnaître le courant derrière leur manifestation, de manière à ne pas créer de résistance en poussant dans une autre direction.

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